Les murs de la colère

Atelier Les murs de la colère
Espace investigué Espace permis/espace interdit – la transgression – stratégies pour être visible et invisible à la fois
Acte plastique Communiquer, diffuser un message, réagir aux messages de l’espace urbain (affiches politiques ou publicitaires), revendiquer, se souvenir d’un évènement, d’une personne, s’exprimer dans un langage , laisser sa trace, revendiquer, chercher/interroger …se confronter aux limites
Techniques Rapides (bombes, ..) ou reproductibles facilement (flops) et pochoirs : art de la spontanéité, de la vitesse, de l’inachevé, du raturé
Repères, références Les graffitis, les tags, les burnings, les flops, le courrant new yorkais, Jean Michel Basquiat

Référents

« Le taguage ne relève pas d’un plan d’outrage systématique de la ville car les taggeurs ne la perçoivent pas comme un sanctuaire de valeurs. Le Tagueur n’est pas un simple grafitteur créant une illustration narcissique sur le mur-chevalet d’une scène valorisée ; Il est d’abord un marcheur sans but qui démultiplie les traces de son errance ». (Alain VULBEAU)

Les tags sont dans la ville comme une interrogation muette. Des hommes ont désiré marquer leur passage par une signature, un rappel à l’ordre, une vibration, une onde gravée dans la pierre, un retour à une énergie primaire. Incompréhensibles, agressifs, affreux, pourtant les tags semblent terriblement vivants. Porteur d’une colère et du droit à l’existence. De toue évidence ils sont là pour déranger par leur surcharge. Au-delà de l’agression les tags nous rappellent que quelque chose s’est perdu entre les hommes et l’environnement citadin. Ce n’est pas une émeute factuelle c’est la manifestation quotidienne de la colère. Les tags sont la dernière façon de dire j’existe pour toute une catégorie de jeunes. Leur cris ne s’entendent pas mais le silence leur donne une résonance encore plus forte. C’est aussi un nouveau code autour duquel une tribu peut se former, l’exclusion donne une cohérence sociale à ces groupes qui ont décidé de vivre au quotidien le danger et la violence que la télévision leur donne comme modèle. Roland MOREAU

Quelques images :

1.LE SILENCE

Les tags sont des cris, mais à la différence d’un cri ils sont permanents et muets. Pour parler des tags les longs discours explicatifs ne sont pas très utiles. Les tagueurs n’ont pas la parole, c’est pour ça qu’ils taguent. Le but du film n’est pas de produire du sens par la parole et le discours (interview ou commentaire) mais de donner à voir et faire ressentir par l’image et le son des concepts.Silence ne veut pas dire absence de son.   

  1. LA COMMUNICATION RENVERSÉE

Le pouvoir est détenu par ceux qui détiennent les moyens de communication, publicité et télévision. La communication fonctionne souvent en sens unique, des décideurs vers le public. Il ne s’agit pas de proposer quelque chose à voir mais forcer le public à voir. En couvrant l’espace urbain les tagueurs se situent sur le même terrain, ils s’approprient une marque du pouvoir en forçant le public à les voir, ils veulent imposer leur marque. Comme si le véritable signe de l’existence était de pouvoir s’afficher. Parallèle entre les tags et publicité permet de mettre en évidence les similitudes, répétition, graphisme, occupation de l’espace urbain.

3.LE CENTRE ET LA PÉRIPHÉRIE

Chômage, nouvelle pauvreté, problèmes des banlieues, délinquance, montée du racisme. La société fonctionne à deux vitesse avec le monde des nantis (le centre) et celui des exclus (la périphérie). Personne ne semble capable d’apporter une réponse aux problèmes actuels. Dans un monde sans espoir, le désespoir contenu dans les tags semble être une réponse à la violence sociale. Ils sont gratuits, porteur d’aucun messages. Devant l’absence d’idéologie, il ne reste plus aux jeunes qu’à crier et à s’afficher pour dire qu’ils existent aussi, à côté du monde des nantis.

  1. L’EXISTENCE

Comment dire « j’existe ? », à quoi se résume l’identité aujourd’hui ? Souvent à une signature, à une carte de crédit. Signer sur les murs de la ville, c’est clamer son existence, c’est dire « moi aussi je suis là ». « Je signe donc je suis » pourrait être la devise des tagueurs.Face à l’indifférence de la société il ne leur reste que leur nom où un anagramme pour se convaincre qu’ils sont bien là eux aussi. Mais cette signature c’est aussi l’être qu’ils rêveraient d’être. C’est un univers de bande dessinée, de super-héros qui se cachent derrière ces signatures. Les tags donnent une étrange réalité à leurs rêves. Ils les font exister en prenant possession du métro. C’est un imaginaire qui devient réel par le marquage d’un territoire.

  1. LA TRIBU

Cette signature doit s’accompagner d’un rituel, le sentiment du danger et d’appartenance à une tribu. Les tagueurs ont un comportement, des vêtements, un langage, des habitudes bien à eux. Ils ont créé leur code de reconnaissance par un rituel qui marque leur passage du monde de l’adolescence à celui des adultes. Les bandes de jeunes ont toujours existé mais pourquoi aujourd’hui se donnent elles pour but de défier les schémas de communication ?

  1. UNE SOCIÉTÉ SECRÈTE

A travers leur défis les tagueurs se raconte aussi une histoire C’est aussi un nouveau code autour duquel une tribu peut se former, l’exclusion donne une cohérence sociale à ces groupes qui ont décidé de vivre au quotidien le danger et la violence que la télévision leur donne comme modèle.

INFORMATION GENERALE

Graffiti vient de l’Italien graffito (qui au départ désignait un stylet à écrire) où le mot a le même sens qu’en français. Son pluriel est graffiti. L’usage n’a pas retenu une tentative de francisation en graffite (fin XIXe siècle), ni le singulier graffito (qu’utilise, entre autres, André Malraux) : on dit un graffiti, des graffiti. Le pluriel en ‘s’ (graffitis) se rencontre mais semble être une faute.

Le mot italien graffiti dérive du latin graphium (éraflure) qui tire son étymologie du grec graphein (γραφειν) qui signifie indifféremment écrire, dessiner ou peindre.

En français, les graffiti issus de la tradition new-yorkaise et associés à la culture Hip-hop sont souvent appelées graffs (mais les pochoiristes des années 1980 parlaient aussi de graffs), parfois improprement orthographiés graphes. Les auteurs de ces graffiti sont appelés graffeurs et graffiti-artists plutôt que graffiteurs.

On distingue généralement le graffiti de la fresque[1] par le statut illégal ou en tout cas clandestin, de l’inscription..Les graffitis ont une grande importance en archéologie : ils font partie, avec les textes épigraphiques, des témoignages écrits non littéraires, populaires, souvent très « vivants » et aptes à nous révéler des aspects inédits des sociétés qui les ont produits.Les graffitis antiques pouvaient être aussi bien des annonces électorales, des messages de supporters à certains athlètes (sportifs ou gladiateurs), des messages à contenu politique, religieux, érotique ou pornographique, personnel, etc. Quelques exemples[3] :

Le graffiti urbain se développe souvent dans un contexte de tensions politiques : pendant les révolutions, sous l’occupation, (le reichstag à Berlin couvert de graffiti par le troupes russes), pendant la guerre d’Algérie, en mai 1968, sur le Mur de Berlin ou dans les régions où se posent des problèmes d’autonomie (Bretagne des années 1970, Irlande du Nord, etc.). Vers la fin des années 1960 et dans plusieurs pays des deux côtés de l’Atlantique, du fait notamment de la disponibilité d’aérosols de peintures « émaillées » (originellement destinées à la peinture d’automobiles), une partie des graffitis a gagné une vocation esthétique.

Le mouvement a été très spectaculaire dans le métro de New York dont les rames se sont subitement couvertes de noms : Taki 183, Tracy 168, Stay High 149, etc.[8]En quelques années, ces « tags » (marques) se sont sophistiqués et sont devenus des signatures, puis leurs auteurs ont décliné leur message (leur nom) sous forme de lettrages géants. La simple affirmation d’une identité (je me surnomme Taki, j’habite la 183e rue [], mon nom parcourt la ville tous les jours, j’existe) s’est doublé d’ambitions plastiques, qui se sont révélées être un autre moyen de se faire remarquer : ce n’est plus seulement le graffeur le plus actif ou celui qui prend le plus de risques qui obtient une forme de reconnaissance, mais aussi celui qui produit les œuvres les plus belles. La culture hip-hop émerge du graffiti mais aussi d’autres formes d’expression nées en même temps : une nouvelle danse plutôt acrobatique (break dance), un genre musical à base de textes parlés (rap), de mixage de disques (dee jaying), (scratch) et de fêtes en plein air (sound systems)..

Dans la foulée de mai 1968, les messages politiques de la rue parisienne gagnent en poésie et en qualité graphique. Ils sont notamment le fait d’étudiants en philosophie, en littérature, en sciences politiques ou en art et font souvent preuve d’humour absurde ou d’un sens de la formule plutôt étudié : « Cache-toi, objet ! », « Une révolution qui demande que l’on se sacrifie pour elle est une révolution à la papa. », « Le bonheur est une idée neuve. », « La poésie est dans la rue », « La vie est ailleurs », « Désobéir d’abord : alors écris sur les murs (Loi du 10 Mai 1968.) », « J’aime pas écrire sur les murs. », etc.[4] Ces slogans sont indifféremment écrits au pinceau, au rouleau, à la bombe de peinture (plus rare) ou sur des affiches sérigraphiées. C’est de cet affichage sauvage et militant que naît une tradition parisienne du graffiti à vocation esthétique. Quelques années plus tard, les premiers « pochoiristes » comme Blek le rat continueront sur le même principe, mais leurs œuvres ne sont plus des affiches collées mais des peintures exécutées selon la technique du pochoir.

Il existe de nombreuses techniques de graffiti ou d’art de rue assimilables, telles que : la peinture aérosol (avec ou sans pochoir), la peinture à l’aérographe, la gravure (sur des vitres, sur des murs, sur des plaques métalliques, sur l’écorce des arbres, etc.), le marqueur et le stylo, la craie, la peinture au rouleau ou au pinceau, l’acide (pour vitre ou pour métal) []auxquels on peut adjoindre, dans une définition élargie du graffiti, l’affiche, les autocollants, les moulages (en résine ou en plâtre collés sur les murs) et la mosaïque

Le graffiti « new-yorkais » se caractérise par des formes relativement définies où la créativité individuelle s’exprime dans un cadre codé et impliquant l’adhésion à toute une culture (vocabulaire, lieux, préoccupations, goûts musicaux, etc.). On y distingue généralement trois niveaux de production :

Le « Tag » (marque, signature) est le simple dessin du nom de l’artiste. Le geste est généralement très travaillé, à la manière des calligraphies chinoises et japonaises, c’est un logo plus qu’une écriture, et souvent, seuls les habitués parviennent à déchiffrer le nom qui est écrit. Les techniques utilisées sont généralement l’aérosol, le marqueur et l’autocollant (« sticker »).

Le « Graff’ », ou « Fresque », ou « burning » (et en français « brûlure »), ou « Piece » voire « Masterpiece » (chef d’œuvre) est le nom souvent donné aux graffitis sophistiqués et exécutés en plusieurs couleurs.

Le « Throw-Up », ou « Flop » est une forme intermédiaire entre le Tag et la fresque : il s’agit de grands dessins de lettres, et non de signatures, pourvus d’un « volume » et de contours mais qui sont exécutés rapidement et sans soin particulier (pas d’effort de couleur par ex.). Ils servent à promouvoir le nom de l’artiste d’une manière qui soit visible de loin. Certains font aussi la démonstration du talent typographique de l’artiste. .

Le graffiti « hip-hop », ou « tag » est sans doute autant dans la plupart des pays, est un cas complexe. Il se donne souvent des ambitions esthétiques mais constitue dans le même temps une forme de langage secret, destiné à n’être compris que par une population limitée, ce qui ne va pas sans irriter le public qui perçoit bien qu’on lui impose la vue d’images qui ne lui sont pas destinées[22. ]C’est le paradoxe du tag : ses auteurs recherchent les meilleurs emplacement et en posent un maximum mais les rendent le plus illisible possible. Le « tag » a effectivement sa culture propre. Chaque tagueur a un pseudonyme et une signature qu’il utilise pour revendiquer des œuvres ambitieuses mais aussi (plus couramment, car c’est plus facile), pour signaler sa présence dans un lieu et se faire connaitre, transformant la ville en une sorte de jeu de piste et de stratégie géant. Un tagueur peut avoir plusieurs talents : une capacité à peindre dans des endroits difficilement accessibles, l’énergie et le culot suffisants pour écrire son nom partout (le vocabulaire consacré est explicite : « exploser », « détruire », « cartonner »…) ou encore un talent artistique véritable.
C’est la forme de graffiti qui déclenche le plus de controverses, notamment du fait de l’ampleur du phénomène mais aussi, sans doute, du fait qu’il est l’expression d’une culture bien définie.

ATELIER (150 minutes)

Echauffement (35 minutes)

  1. Les mots dans la ville, les mots dans la vie . Chacun écrit rapidement quelques mots et/ou signes (alterner) qu’il :

–     écrirait à la craie sur un trottoir

–     écrirait au pinceau sur un pavé de la grand place de Bruxelles

–     écrirait sur une affiche collée sur le mur d’une maison abandonnée

–     écrirait sur un papier accroché dans un arbre

–     graverait au canif sur un banc public, dans un wc public

–     écrirait à la bombe sur les murs du Parlement ou de la maison du premier ministre

….. (à compléter)

(10 minutes)

 

  1. Chaque participant reçoit (au hasard) un carton : a) Passant, b ) employé municipal dans le service chargé du nettoyage des graffitis, c) taggeur

A partir de la lecture de différents textes contradictoires sur les arts urbains (tags, graffitis..), il complète les trois phrases ci-dessous en se mettant dans la peau de son personnage (par écrit)

Textes sur les règlements sur le tag-Namur-, paroles de taggeurs-François Scheuer ou affaire Roadsworth, et texte sur Basquiat et le tag.

« Je m’engage à …… – Je m’interroge sur………..Je proteste contre…………. » (d’accord pas d’accord)

Mise en commun dans les trois sous groupes (15 minutes)

  1. Tour de table (ou jeu de rôle ?) qui a changé d’avis et pourquoi ?

Etude, essais, phase préparatoire : composition et décomposition (10 minutes)

  1. Travail individuel : chacun tire au hasard un mot et/ou signe de ceux donnés par le groupe pendant la consigne 1. Il choisit ensuite l’image d’un lieu où inscrire ce mot : affiche de pub, photo d’un espace de la ville, photo d’un homme politique/chanteur/sportif,

« Entre dans cet espace et laisse-y ton mot ou ton signe» (travail rapide) – technique: bombe, marqueur, pinceau, rouge à lèvre…

(réalisation et mise et mise en commun – 30 minutes)

Création, recomposition, production (105 minutes)

  1. Réunion de décision entre tous les membres de l’atelier pour prendre des décisions à propos du travail commun . Il s’agit d’un travail où on prendra position, où on revendiquera, où on réagira, où on s’opposera à….(20 minutes):
  • Qui a envie de dire quoi ? où ? quand ? comment ? pourquoi ?
  • Collectif, par groupes, individuel ?
  • Signer ou ne pas signer : individuellement, collectivement
  • Suite : soit en grand groupe, soit en sous groupes, soit individuellement
    • Quels supports, quels matériaux, quelle technique (flop, sticker, pochoir, bombe..)
  1. Réalisation collective ou individuelle: à partir des décisions de la réunion (75 minutes) et va-t-on jusqu’au bout ou pas ?

Matériel

  • Musique rap et slam (Grand Corps malade)
  • Nemo de Belleville + film
  • Bibliographie sur Jean Michel Basquiat
  • Textes des graffitis de Mai 68, graffitis de l’Antiquité…
  • Affiches électorales et pub, posters, plan de ville…

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