Le jeu des ombres

Séquence d’apprentissage finale présentée par Sybil This (Agrégation  2013-2014)

J’ai beaucoup réfléchi à cette fameuse leçon. Au début je voulais partir sur une leçon type, comme la gravure à l’eau forte en imposant un thème. Je n’étais pas convaincue et je voulais faire en sorte que les idées viennent d’eux. J’ai donc choisi de partir sur la pédagogie du projet.

Dans l’espace B9 de Saint Luc supérieure, l’école Supérieure invite Saint Luc secondaire à venir prendre possession des Lieux dans le cadre du Projet « le jeu des ombres », dont l’exposition se donnera du Lundi 15 décembre au samedi 10 janvier. Les classes, de la 4ème à la 6ème année secondaire, peu importe la discipline choisie, sont invités à participer à ce grand évènement. Il s’agira de concevoir un projet sur le thème du jeu des ombres. Les possibilités sont multiples. Chaque classe aura un budget défini par l’école secondaire. Saint Luc secondaire et supérieure, mettront du matériel à la disposition des élèves. Un seul projet par classe, il peut s’agir d’une installation, d’une pièce de théâtre, d’une performance, d’une projection, etc… En sachant que plusieurs disciplines peuvent être mises en place dans la finalité du projet, d’ailleurs c’est le but d’un projet interdisciplinaire.

N’oubliez pas :

« Il n’y a pas d’ombres sans lumière ».

Compétences.

  • Identifier, décrire, nommer des procédés techniques
  • Expérimenter des procédés techniques
  • Expérimenter le pouvoir expressif des formes, des espaces, des matières
  • Récolter, trier, classer une documentation personnelle (ou collective) adaptée à la problématique poursuivie.
  • Concrétiser son idée en tenant compte plus particulièrement de l’aspect « expression » à partir de son projet, du projet des autres.
  • Trouver une solution, une façon personnelle d’expérimenter en cours de projet, pour répondre à un problème posé.
  • Evaluer le degré de satisfaction entre le résultat souhaité et le résultat obtenu, ainsi que les perspectives de développement entrevues.
  • Raconter le projet, le thème dans des travaux.
  • Parler des sensations, des émotions, des sentiments, des intuitions qui se dégagent de productions.
  • Percevoir dans le groupe les caractéristiques de son rôle, lors d’un travail collectif.
  • Identifier dans sa production, dans celle du groupe, la manière dont chacun a confronté son avis pour définir sa prise de rôle, lors d’un travail collectif.
  • Comparer des manières de concevoir la prise de rôle de chacun.
  • Décrire l’évolution d’une technique à travers le temps.
  • Expérimenter des techniques au service de son projet personnel, ou d’un projet collectif.
  • Sortir de l’école pour rechercher l’information nécessaire à l’évolution de son projet.
  • Inviter au sein de l’école, des experts extérieurs pour obtenir une information complémentaire.
  • Récolter, trier, classer une documentation personnelle adaptée à la problématique poursuivie.

Objectifs spécifiques.

  • Exprimer, à l’aide de procédés techniques et plastiques à explorer, sa vision du monde dans son rapport avec l’actualité sociale, culturelle et artistique.
  • S’initier à différents procédés techniques
  • Créer des rapports de formes, de couleurs de matières s’intégrant dans un format ou un espace en choisissant des procédés plastiques et techniques en fonction de leur potentiel d’expression.
  • Développer un projet personnel ancré dans le quotidien.
  • Identifier progressivement les contraintes et ressources pour faire évoluer le projet et trouver des solutions personnelles conventionnelles ou non conventionnelles.
  • Mener un projet à terme en répondant à des critères définis.

Matériel.

  • B9 (hangar qui est un ancien manège)
  • Mur Blanc, Cloison
  • Écran
  • Projecteur
  • Spots lumineux
  • Un espace
  • Matériel varié en fonction du projet déterminé

Budget : 150 € par groupe participant

Déroulement.

Première séance.

Je leur demande de s’assoir afin que je puisse introduire le thème du jeu des ombres, j’explique que je les ai inscrit à ce projet, afin qu’ils créent un projet interdisciplinaire collectif. J’insiste bien sur le fait que c’est un projet de groupe et non individuel.

J’explique le temps mit à notre disposition, ainsi que le budget fourni par l’école. J’explique que vendredi prochain, nous partirons pour Bruxelles toutes la journée, et j’en profite pour distribuer des feuilles concernant le projet interdisciplinaire et des feuilles concernant l’exposition de Kumi Yamashita, artiste japonaise travaillant les ombres, que nous irons voir la semaine prochaine.

Je leur demande ensuite, ce qu’ils connaissent sur le thème des ombres. Afin de voir leurs préconceptions sur le sujet. Connaissent-ils des artistes ? Des exemples de jeux d’ombres. J’espère qu’ils vont me demander d’aller chercher de la documentation sur le sujet. Mais si ce n’est pas le cas, je vais leur proposer d’aller à la bibliothèque, feuilleter quelques livres, revues ou encore faire des recherches sur internet afin de trouver en groupe ou individuellement, des oeuvres, des idées sur le sujet qui les intéressent. Des impressions seront faites, afin qu’ils se créent une base de données à présenter à l’ensemble de la classe.

Grâce à une mise en commun, des idées de chacun, ils vont choisir ensemble les idées les plus intéressantes, celles qui font l’unanimité ou celles qui récoltent simplement le plus de voix. Je vais d’abord laisser cour au débat, ensuite je procéderais par votes à mains levées. Ils vont ensemble déterminer les disciplines définitives à la conception de leur projet.

Je vais consacrer les deux premières heures à de la recherche dans les livres, revues, internet, etc. Et les deux dernières heures à la présentation, au débat et aux choix des disciplines du projet.

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Deuxième séance.

Voyage en car, au Bozar de Bruxelles, pour voir l’exposition de Kumi Yamashita et une autre expo sur l’art d’Alexander Calder.

Je vais leur demander d’observer les processus d’ombres et de lumière de Kumi Yamashita, comment fait-elle ? Qu’utilise-t-elle ? Ensuite je vais leur demander d’observer l’espace. Comment l’exploite-t-elle ? Qu’est-ce qu’elle en fait ? Quel est son thème de prédilection ? Enfin en termes d’explication. Met-elle des explications à coté de ses oeuvres ? Ses oeuvres ont elles des noms ? Je vais leur demander d’approfondir encore un peu leur réflexion.

Pour l’exposition d’Alexander Calder idem, que fait-il comme type d’oeuvres ? Sculptures, suspensions? Travaille-t-il les ombres ? Oui ? Non ?

Ces deux artistes ont-ils des points communs ?

Sur le retour en car, nous aurons une heure et demi afin de faire une mise en commun avec l’entièreté du groupe. Je saurais les points sur lesquels ils se sont arrêtés, je saurais sur quoi rebondir, qu’ont-ils compris ? Qu’ont-ils retenu ? Je vais tenter un débat collectif, une mise en commun sur ses deux artistes. Auront-ils compris l’intérêt de sortir des sentiers battus afin de voir ce qui se passe ailleurs, chez d’autres artistes ? L’idée qu’on se fait d’une photo n’a rien à voir avec le fait de voir l’oeuvre en vrai. Mon rôle sera de tempérer la mise en commun et de retranscrire leurs dires.

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Troisième séance.

Rendez-vous à Saint Luc Supérieur, au B9 afin de déterminer notre espace, et ce dont nous aurons besoin pour que le projet se construise. Quelles sont les disciplines choisies définitivement?

Phase d’observation par le dessin, prises de mesures, prise en compte du budget et du matériel mis à notre disposition. Impossible de déterminer le temps, je laisse deux heures mais il se peut que ce soit un peu plus ou un peu moins.

Mise en place d’un projet commun, comment le réaliser ? Matériel ? Récupération ? Achats ?

Hors du thème « le jeu des ombres ». Y -a-t-il un sujet du quotidien qui leur tient à coeur ? S’il s’agit d’une histoire ou encore d’une sorte de pièce de théâtre. De quoi vont-ils parler ? Recherche collective sur un sujet à exploiter. Ils devront se décider ensemble, soit en faisant des compromis ou en alliant peut-être plusieurs idées pour n’en former qu’une. Il s’agira d’une mise en commun, de négociation.

Ils vont devoir définir les contraintes imposés par tel ou tel projet. Ex : s’ils décident de faire une projection en stop motion et qu’aucun d’entre eux ne s’y connait. A qui peut-on faire appel ? À quelqu’un de l’école, à une personne ressource extérieure, à une ASBL ? J’aiderais bien entendu dans cette recherche de personne ressource. J’essayerais de les guider dans l’avancement, je prendrais des notes sur les choix et les dires de chacun. Je ferais un compte rendu détaillé de ce qui a été dit afin de construire un dossier qui sera donné à tout le monde.

Quatrième séance.

Rendez-vous au B9, je distribuerais les conclusions qui ont été faites lors des séances passées, nous prendront 30 min afin de récapituler, les choix et le thème choisi. Nous observerons les dessins faits, afin de voir si le projet est bien compris par tous et surtout pour savoir s’il est bien approuvé par l’ensemble.

Ensuite, nous continuerons à observer l’espace afin de réfléchir à la disposition des éléments. Avec ce que nous avons comme place, doit-on revenir sur nos exigences plastiques ? Réflexion sur ce qu’il est possible de réaliser ou non. Ex : s’il y a des suspensions, comment les suspendre, avec quel genre d’outil ?

S’ils décident de travailler la terre, où pouvons-nous le faire à l’atelier de sculpture de st Luc Supérieur? Et pour la cuisson ? Est-ce que toutes les disciplines se construisent au B9, ou nous aurons besoin de travailler dans plusieurs ateliers ? Tout cela devra être déterminé.

Nous finaliserons petit à petit la création du dossier interdisciplinaire. Comment ? En ayant déterminé l’espace, les mesures, ils vont par écrits, par le dessin, ou par d’autres moyens éventuels, constituer l’ensemble du projet. Quels sont les objets qu’ils vont utiliser ? De combien de projecteurs auront-ils besoin ? Ont-ils besoin d’autres choses, de papiers, de lampes de poches ou encore de peinture ? Ce sera « LA » base de données, un schéma claire et précis de l’ensemble de leurs décisions collectives.

Ensuite, ils détermineront qui fait quoi. Ensemble ils vont choisir les groupes et l’organisation du projet. Est-ce qu’il y aura un groupe peinture, un groupe vidéo ou encore un groupe sculpture ? Combien de personnes seront dans les différents groupes ?

Enfin, ils termineront l’organisation. Par quoi doit-on commencer ? Y a-t-il des priorités ? Ex : si c’est une projection d’ombres avec des lumières et des objets en suspension. Comment cela va-t-il être fait ? Est-ce que les groupes travaillent en parallèle ? Un groupe s’occupe des lumières et un autre des objets suspendus ? Ou est-ce que les disciplines travaillent chacune de leur côté ?

Il est possible que 4 heures ne suffisent pas à finaliser l’ensemble du dossier, la cinquième séance, sera prévue en partie pour terminer le dossier si cela n’est pas fait.

Cinquième séance.

Rendez-vous au B9, dans un premier temps je distribuerais les dossiers à chacun des élèves, si toutes les informations ont été relevées. Si ce n’est pas le cas, nous nous consacrerons à le finir. Je prendrais mon ordinateur afin de pouvoir faire des photocopies dans l’enceinte de l’école pour distribuer le dossier finis dans les plus brefs délais. Je préciserai que ce dossier est très important pour le suivi du projet, il est une base solide pour l’organisation. Je reprendrais ces dossiers à chaque fin de cours pour qu’il n’y ait pas d’oubli un jour.

Ensuite nous partirons chercher tout le matériel dont nous avons besoin pour la construction du projet. Comme les groupes serons formés, chaque groupe s’occupera de prendre le matériel défini sur la liste figurant dans le dossier, visses, bois, papiers, etc. 2 ou 3 heures seront nécessaires aux achats, en prenant en compte le budget, ce que nous avons déjà à notre disponibilité et ce qu’il nous manque.

Sixième séance.

Grâce à leur dossier fini et complet :

Petit à petit ils vont commencer à construire leur projet. En groupes déterminés, ils sauront le rôle qu’ils tiennent dans l’élaboration du projet. J’imagine qu’ils vont devoir collaborer tout au long, parfois des tensions se feront sentir, je devrais faire en sorte de les apaiser. Mon rôle sera celui d’un support, je les guiderai du mieux que je pourrai dans la finalisation du projet. Je ferai des rappels de ce qui a été décidé par l’ensemble du groupe, je devrais entretenir leur motivation par des encouragements peut-être. Lorsqu’ils seront un peu perdus je rappellerais de regarder dans leur dossier et si l’information manque ce qui est possible, nous y répondront ensemble et la rajouteront immédiatement. Ils devront déterminer en cours de projet un facteur important. Quand faire venir notre personne ressource, doit-on se déplacer jusqu’à elle ? Est-elle disponible ? Quand ?

Les autres séances, du 31 octobre 2014 au 12 décembre 2014.

Pour les autres séances, il est difficile sans avoir un projet concret, de déterminer le temps dont ils auront besoin pour finir le projet. S’il s’agit de sculptures faites en terre, il faudra beaucoup plus de temps pour le terminer que s’il s’agissait d’objet insolites à suspendre. Mais si le projet se termine plus tôt c’est à moi de prévoir un approfondissement afin qu’ils s’approprient le projet jusqu’au bout.

Par exemple, je pourrais approfondir la réflexion en proposant ceci :

  • Tu as eu l’occasion de travailler sur un projet commun avec un groupe mais si tu pouvais travailler sur un projet personnel sur le thème du jeu des ombres, qu’aurais-tu fais ? et comment il se serait construit ?
  • En termes de promotion, Comment feriez-vous pour attirer du monde à votre exposition ?
  • J’attends des réponses, comme des flyers, des affiches publicitaires, des communications sur réseaux sociaux.
  • Si l’idée d’affiche est mise sur le tapis, peut-être leur demander de faire une affiche publicitaire collectivement pour l’évènement, et nous ferions appel à un imprimeur pour aller en afficher dans les rues. Les flyers idem, nous pourrions aller les distribuer dans les cafés fort fréquentés.
  • Ils pourront se concentrer sur les explications qui figureront à côté de leur oeuvre, ils pourront s’axer sur la présentation générale de leur projet.

Si le projet avance à grand pas, ce sera positif car en cas de problème soudain, il sera possible de palier aux difficultés sans être stressé. Ex : s’il y a un manque de matériel, nous aurons le temps de trouver une solution. En cours de projet nous feront une pause pour parler des évaluations.

Comment procéder pour les évaluations ? 

Nous prendrons le temps avec l’ensemble de la classe pour définir ce qu’il leur semblent important à coter. Est-ce la dynamique de groupe ? L’implication ? Le respect du timing ? Les consignes ?

Tout le monde mérite-t-il les mêmes points ? Car c’est un projet collectif. Si oui, ok. Si non, qu’est ce qui fera pencher la balance ? L’implication ? Autres ? Ils vont devoir réfléchir ensemble aux critères évaluables. Qu’est-ce que cela apporte ? Et bien j’ai l’impression qu’ils seront mieux informés sur ces critères, ils sauront à quoi s’en tenir puisqu’ils les auront choisis ensemble. Mon rôle sera de les communiquer au propre afin qu’ils soient insérés dans leur dossier.

« Moi, j’observe, je soutiens, je guide. Eux, Ils font preuve d’autonomie et d’initiatives ».

Lorsque le projet sera terminé, je voudrais procéder à une auto-évaluation. Chacun va parler de son ressenti dans le projet. Qu’est ce qui a été, qu’est ce qui n’a pas été ? Quelle étape du projet ai-je aimé ou n’ai-je pas aimé ? Dynamique de groupe bonne ou non ? Ensuite après avoir écouté tout le monde, un débat constructif se fera. Sur les critères qu’ils auront fixés, ils vont devoir déterminer la côte qu’il leur semble la plus juste et pourquoi cette côte. Je participerai à ce débat, en donnant mon avis sur l’ensemble des situations observées. Je vais contrôler le débat pour qu’il ne déborde pas car le but n’est pas de discriminer tel ou tel élève, le but est de se positionner sur un projet commun. Ici par des critères définis par leurs soins.

Quels points s’accorderaient-ils pour ce projet ?

Pour terminer cette leçon idéale, je dirais que c’est absurde de coter un projet artistique, une appréciation générale me conviendrait mieux. Malheureusement je ne peux pas changer un système, en tout cas pas toute seule. Les points ont un impact beaucoup trop important sur la confiance d’un élève en ses capacités, c’est à double tranchant. En termes d’épanouissement ce n’est pas génial non plus, au final, les points collent des étiquettes (intellos, cancre, moyen, etc.)Le pire c’est que les élèves en redemandent, ils sont conditionnés par des points au lieu de s’intéresser réellement à ce qui a été et ce qui n’a pas été. À cause des points, ils ne fonctionnent pas en pensant à ce qu’il faut améliorer, ils n’approfondissent pas vraiment leur réflexion et leurs observations.

« Fin

 

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