Je me v(o)is

Séquence d’apprentissage finale présentée par Maud Dallemagne (Agrégation  2012-2013)

Cette séquence d’apprentissage se déroulera lors d’un workshop de 3 jours + une demi journée, elle est pensée pour une classe de 15 élèves de 6e Technique de Qualification section Arts Plastiques de l’Institut Saint-Luc secondaire, cette séquence est intégrée dans le Brevet d’art.

Sujet : Autoportrait

Titre : « Je me v(o)is »

Les élèves devront proposer une réalisation plastique personnelle à partir de ce questionnement.

La réflexion glisse vers un axe créatif autobiographique. Le mélange de pratiques (écritures, collages, peintures, installations d’objets fétiches…) sera expérimenté pour mieux se découvrir.

Objectif :

  • Acquérir des références artistiques.
  • Développer un univers artistique personnel et rendre son univers accessible à tous.
  • Apprendre à mieux se connaître, définir ses goûts, ses envies, ses objectifs…
  • Mettre en forme différents éléments et les réunir entre eux afin de créer un univers plastique homogène et cohérent.
  • Prendre du plaisir

Prérequis :

  • Assimiler les consignes.
  • Être curieux.
  • Avoir de l’intérêt pour l’art et l’histoire de l’art.
  • Être un étudiant de l’Institut Saint-Luc secondaire.

Compétences :

  • Savoir : Acquérir des notions d’histoire de l’art, prendre connaissance de la question de l’autoportrait dans l’art, avoir comme point de départ quelque chose de personnel et le rendre général et accessible à tous.
  • Savoir faire : développer une créativité, un univers personnel, rassembler des éléments de nature différentes et créer un univers plastique/ graphique, cohérent et homogène, trouver un moyen technique afin de se représenter.
  • Savoir être : se considérer comme un individu indépendant du groupe, porter un regard critique sur son propre travail.

 

Première séance (matinée du premier jour)

La première séance est dédiée à l’inspiration, prendre le temps de voir ce que d’autres ont voulu nous montrer. Avoir des références artistiques avant de commencer un travail est pour moi capital : s’il y a un enseignement que j’aimerai transmettre c’est celui de nourrir sa démarche artistique. Le rôle de l’enseignant est d’accompagner, aider, baliser, réguler, alimenter. 
Il est la personne ressource et le conseiller.

Regard avisé 

Compétences développées :

Décoder des langages (composition, couleurs, espaces, matières, sons, gestes…) utilisés pour construire des images médiatiques.

– Réaliser des recherches sur un thème artistique.

Visionnage de trois reportages abordant l’œuvre d’artistes contemporains et traitant du thème de l’identité.

CHRISTIAN BOLTANSKI / NAN GOLDIN / JOHN BALDESSARI

http://www.youtube.com/watch?v=SCWUgy8ywtA

http://www.dailymotion.com/video/x417xf_contacts-photography-nan-goldin-fr_creation#.UTiSDaWm9UU

http://vimeo.com/50493471

+ mise à disposition et consultation libre de nombreux ouvrages artistiques

 

Qui suis-je ? :

Livrez-vous à un exercice imaginé par Christian Boltanski :

– Racontez votre vie à partir d’une sélection de 10 à 15 portraits d’inconnus sélectionnés dans toute l’iconographie qui vous est accessible (presse, livre, photos de famille…).

– Pour chacune des photos, imaginez une légende de type « moi, à tel âge, pensant telle et telle chose ou vivant tel et tel événement… »

– Vous pouvez pour raconter cette autobiographie partir du texte ou des images. Il va de soi qu’il peut s’agir d’une fiction.

– Conserver tous vos essais dans un carnet de recherche, celui-ci vous accompagnera tout au long de votre travail, prenez-y soin, car il sera évalué au même titre que votre travail final. Plus votre carnet de recherche sera riche et complet, plus votre travail final sera abouti.

 

Deuxième séance (après-midi du premier jour)

Objets fétiches 

Compétences développées :

– Créer en combinant des formes, des couleurs, des valeurs, des matières, des modes d’expression, des techniques d’exécution.

Pour cette séance, il vous faut amener 5 objets qui vous sont précieux ou qui ont un pouvoir significatif. (Exemple : du vernis à ongles car j’aime être jolie, une médaille car je suis sportif…)

Réalisez le moulage de vos objets.

Matériel : plateau
, terre glaise, huile, plâtre, eau et de ton objet.

1 2

 

  1. Prends le plateau et places-y une couche de 3 cm de terre glaise. Lisses-en bien la surface.        3
  2. Place ton objet sur la glaise et enfonce-le. Ensuite, retire l’objet de la glaise.              4 5

 

  1. Tu as l’empreinte en creux de ton objet. Graisse la légèrement avec un peu d’huile.
  2. Fabrique le plâtre en petite quantité. Quand il est prêt, verse-le de manière à couvrir toute la surface du plateau. Laisse sécher le tout.

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  1. Laisse le tout sécher, retourne le plateau et retire la terre glaise du plâtre.

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Pendant le temps de séchage, fais le croquis de tes objets dans ton carnet de recherche, écris ce que cet objet représente pour toi, ça peut être un mot, une association de mots (exemple : vernis à ongle : cerise noire), note les différentes étapes de la réalisation de ton moulage.

Lorsque tes moulages sont secs, à l’aide d’acrylique, peints-les de manière originale. Ils peuvent être des copies conformes de l’objet initial ou s’en éloigner complètement. Fais des essais dans ton carnet de recherche avant de te lancer.

Troisième et quatrième séance (matinée et après-midi du deuxième jour)

 Rothko toi même

Crée ton propre Rothko.

Compétences développées :

– Situer une œuvre dans son contexte historique et culturel.

– Réaliser des mélanges de couleurs.

Visionnage : The Painting Techniques of Mark Rothko: No. 16 (Red, Brown, and Black) http://www.moma.org/explore/multimedia/videos/123/689

Mark Rothko, né Marcus Rothkowitz à Dvinsk, est un peintre américain. Classé parmi les représentants de l’expressionnisme abstrait américain. Dans ses toiles, il s’exprime exclusivement par le moyen de la couleur qu’il pose sur la toile en aplats à bords indécis, en surfaces mouvantes, parfois monochromes et parfois composées de bandes diversement colorées. Il atteint ainsi une dimension spirituelle particulièrement sensible. (voir œuvre en annexe)

Après ce reportage, prends le temps de réfléchir sur les couleurs qui t’interpelle. Pour cela, découpe dans les magazines mis à ta disposition, les images dont tu aimes les couleurs, fais en une gamme, associe les, colle les dans ton carnet les unes à côté des autres.

Fais les vibrer !

Quand tu as réalisé tes associations, tu peux lire l’analyse d’une œuvre de Rothko pour t’aider et fais des essais dans ton carnet à l’aide de peinture à l’huile.

(http://rothkocolorfields.wordpress.com/mark-rothko/analyse-dune-oeuvre/)

Quand tu te sens prêt, tu peux commencer ton « Rothko » sur un support qui te sera fourni.

Cinquième séance (matinée du troisième jour)

Découverte du travail de Raymond Depardon, Errance et de Sally Mann, Deep South. http://www.youtube.com/watch?v=5EiW9KIZy-c

En deux heures, réalise des photos d’un endroit, paysage, objet, personne en noir et blanc. Tu peux rester à l’intérieur de l’école ou sortir à proximité de celle-ci. Tiens compte de la ligne d’horizon, celle ci doit être suffisamment marquée, elle sera la ligne qui reliera tes différentes photos les unes aux autres. Reviens en classe, nous sélectionnerons sur l’ordinateur trois photos que nous imprimerons en format A4 sur du papier machine. Si tu n’es pas inspiré par ton environnement, tu peux réaliser un collage, qui assemble plusieurs parties de paysage, objet, lieux… On les scannera, et on l’imprimera en Noir et Blanc comme une photo.

depardon

 

Sixième séance (après-midi du troisième jour)

Lecture engagée 

Chacun pour soi : lecture des textes en annexe. Après cette lecture, inspire-toi et écris un paragraphe qui te présente ou te ressemble. Il peut parler d’un de tes souvenirs d’enfance, de voyage, il peut être réel ou fictif. Pour t’aider dans la rédaction, tu peux lister différents endroits que tu as fréquentés, y associer une couleur, une personne ou un souvenir marquant. Tu as le début d’un récit.

 

Septième séance (matinée du dernier jour)

L’accrochage

Finalité du workshop.

Dans le milieu de l’art, l’accrochage est la manière d’installer les œuvres à exposer dans l’espace dévolu par la galerie d’art ou l’exposition. L’accrochage est donc avant tout une mise en scène. Dans accrochage, il y a accroche : trouver le moyen d’accrocher le regard, mettre en valeur son œuvre. Celui-ci doit être réfléchi. Dispose ton travail, fais des liens entre tes œuvres, tu peux par exemple utiliser le texte et écrire sur le mur, tu peux sortir de la classe et trouver un lieu plus approprié.

accrochage 1 Accrochage 2

 

Conclusion

Après la réalisation de ton accrochage, prends le temps de répondre aux questions suivantes (voir partie évaluation). Et prépare-toi à présenter ton travail aux autres élèves.

expo 1 expo 2 expo 3

Sophie Calle, Ed templeton, Pica Pica.

Matériel 

Album de photo/famille/…, carnet de recherche, peinture à l’huile, pinceaux, presse, livre, magazine, terre glaise, plâtre, acrylique, papier dessin, appareil photo ou smartphone, clou, marteau, ficelle, toile en tissus.

L’évaluation

La force du workshop, c’est l’immersion quasi complète (sans interruption toutes les 50 minutes) dans le processus créatif. Cela ne veut pas dire qu’on est concentré et actif 10h par jour non stop, mais ça écarte les pensées/activités parasitaires. Pendant plusieurs jours, l’élève devra trouver le moyen de répondre de manière originale et pertinente à ce qu’on lui demande de faire. L’expérimentation est le dessein même de ces laboratoires de créativité plurimédia. La liberté y est une notion centrale, même soumise à des contraintes et à un cahier des charges précis. La réflexion, la démarche et le processus de création y sont plus importants que l’œuvre finie (quand il y en a une). Le workshop est un temps de rupture dans un cursus qui interpelle l’élève dans sa relation au monde. Le workshop devient un espace de synthèse des arts.

Le magazine étapes consacre son numéro #86 au workshop dans les écoles d’arts. http://archives.etapes.com/issues/etapes-magazine-86 (ici sous format numérique et qui vaut la peine d’être lu).

La différence entre le workshop et une séquence de cours réside dans l’évaluation. Dans un workshop, les étudiants sont accompagnés par une personnalité extérieure à l’école, totalement autonome dans ses directives. Et le travail réalisé ne fait que très rarement l’objet d’une notation ou d’une présentation à un jury.

Dans une séquence de cours, l’évaluation est une pratique d’apprentissage. L’évaluation est l’apprentissage, l’apprentissage est l’évaluation.

L’évaluation est essentiellement formative, elle se déroule tout au long de la séquence sous forme de feedbacks et d’échange. Elle est souvent informelle même s’il est important de faire des « pauses » à des moments clés et de demander l’attention de tous les élèves pour faire le point.

Comme pour le workshop, la recherche, ici sous la forme de carnet de recherche, est aussi (si pas plus) important que le produit fini.

Il est important d’établir une charte d’évaluation et pour un projet comme celui-ci, il est intéressant de la construire avec les élèves. Elle peut prendre en compte la ponctualité, la production, l’attitude (esprit de curiosité, respect, assiduité, esprit de travail, motivation…), le processus (démarche artistique, références, amener à créer de sa propre initiative), le savoir et savoir-faire.

Pour cette séquence, qui pour l’instant reste fictive, je n’ai pas su construire les critères d’évaluation avec les élèves, malgré tout je pense que les critères que j’ai sélectionnés sont judicieux (pertinence, respect des consignes, originalité, recherche…).

Les élèves seront invités à répondre aux questions suivantes.

  • ai-je compris les consignes ?
  • le résultat de mon travail est-il pertinent et riche? Par rapport au « sujet », votre travail est-il plutôt réussi ou plutôt manqué ? Est-ce que vous êtes satisfait de votre travail ? Qu’est-ce qui est bien et qu’est-ce qui l’est moins, et pourquoi ? Détaillez.
  • le résultat de mon travail est-il original ? Votre travail est-il approfondi ? Prouvez-le en argumentant. Suscite-t-il des réactions ou bien vous êtes vous contenté de faire un peu comme tout le monde ?
  • les moyens plastiques utilisés servent-ils convenablement ce que je voulais montrer ?Expliquez brièvement vos choix de couleurs, d’objets fétiches, de photos, pourquoi avez-vous voulu montrer votre travail (accrochage) de cette manière…
  • Est-ce que j’ai découvert et apprécié de nouveaux artistes ? Lesquels ?
  • Comment puis-je améliorer mon travail ?

L’auto-évaluation permet aux élèves de réfléchir sur leurs productions. Elle l’aide également à présenter son travail face au groupe en justifiant ses choix, la production n’est plus instinctive, elle est délibérée. Elle permet de développer son propre horizon, son univers, sa façon de penser et sa cohérence.

Après la rédaction, les élèves seront amenés à présenter leur travail face à la classe.

L’évaluation collective permet également de mettre en commun un bilan des expériences de chacun, d’identifier les acquis, de faire émerger des confrontations, des questions et des pistes de solution.

Pour conclure, je demande aux élèves de se donner une côte sur 20 selon les critères suivants.

– respect des consignes : /2pts

– pertinence et richesse du travail : /5pts

– originalité : /5pts

– qualité des recherches (richesse du carnet de recherche, découverte de nouveaux artistes, références, inspiration) :   /5pts

– gestion de l’espace et du temps :   / 3pts

Ils ont déjà réfléchi sur ces questions lors de l’auto-évaluation.

Je reprends les feuilles et j’évalue de mon côté chaque élève avec les mêmes critères, ensuite je compare mon évaluation à la leur : s’il y a de fortes divergences, j’interpelle l’élève pour qu’il vienne me trouver et on en discute.

La note finale sera la moyenne entre la côte du prof et celle de l’élève.

MARK ROTHKO

rothko 1 rothko 2 rothko 3 rothko 4

Texte / Référence /Autoportrait

CHRISTIAN BOLTANSKI, « La petite mémoire », Le Voyage au Pérou, Christian Boltanski. Dernières années, catalogue du Musée d’art moderne de la ville de Paris, 1998.

La présence de l’humanité dans sa multitude est toujours là dans mon travail. Ce grand nombre est parfois évoqué par des tonnes de vêtements usés, par des centaines de photographies, ou par des milliers d’objets perdus (que je recueille au Bureau des Objets Trouvés), ou encore par de longues listes de noms, ceux d’ouvriers dans une usine du nord de l’Angleterre au 19e siècle, ou ceux des artistes ayant participé à la Biennale de Venise depuis sa création. Le nombre, le côté presque interchangeable de l’être humain et son unicité, son caractère propre, sont une des oppositions sur lesquelles je travaille. Je m’intéresse à ce que j’ai appelé La petite mémoire, une mémoire affective, un savoir quotidien, le contraire de la grande mémoire préservée dans les livres. Cette petite mémoire, qui forme pour moi notre singularité, est extrêmement fragile, et elle disparaît avec la mort. Cette perte d’identité, cette égalisation dans l’oubli sont très difficiles à accepter ; par exemple, quand on regarde des centaines de crânes, ils ont tous l’air identiques.

JACQUES PREVERT, Chanson pour vous, La pluie et le beau temps, Ed. Gallimard, 1955

Cheveux noirs cheveux noirs

Caressés par les vagues

Cheveux noirs cheveux noirs

Décoiffés par le vent

Le brouillard de septembre

Flotte derrière les arbres

Le soleil est un citron vert

Et la
Misère

Dans sa voiture vide

Traînée par trois enfants trop blonds

Traverse les décombres

Et s’en va vers la mer

Cheveux noirs cheveux noirs

Caressés par les vagues

Cheveux noirs cheveux noirs

Décoiffés par le vent

Avec ses tonneaux de fer

Ses débris de ciment armé

Comme un chien mort

Les pattes en l’air

Le radeau de l’Amirauté

Gît immobile sur les galets

Cheveux noirs cheveux noirs

Décoiffés par les vagues

Cheveux noirs cheveux noirs

Caressés par le vent

Soleil

Citron vert emporté par le temps

La voix de la sirène

Est une voix d’enfant.

ALAIN FLEISCHER, DVD Contact.

Les autoportraits, y compris ceux des photos d’identités que j’allais faire dans un photomaton du quartier, ont été une première pratique photographique. Au croisement de la saisie du réel et de la mise en scène du moi en reflet et du moi projeté.
Recherche narcissique et fixation d’une preuve, celle de sa propre séduction.

SAMUEL BECKETT, L’innommable.

« …D’une part le dehors, de l’autre le dedans, ça peut-être mince comme une lame, je ne suis ni d’un côté ni de l’autre je suis au milieu je suis la cloison, j’ai deux faces et pas d’épaisseur c’est peut être ça que je sens, je me sens qui vibre, je suis un tympan, d’un côté c’est le crâne, de l’autre le monde, je ne suis ni de l’un ni de l’autre. »

ALBERT CAMUS, extrait des carnets.

« Les doutes, c’est ce que nous avons de plus intime »

MARGUERITTE DURAS, L’amant.

Mystérieusement ma mère montre les photographies de ses enfants à sa famille pendant ses congés.
Nous ne voulons plus aller dans cette famille. Mes frères ne l’ont jamais connue. Moi, la plus petite, d’abord elle m’y traînait. Et puis ensuite je n’y suis plus allée, parce que mes tantes, à cause de ma conduite scandaleuse, ne voulaient plus que leurs filles me voient. Alors il ne reste à ma mère que les photographies à montrer, alors ma mère les montre, logiquement, raisonnablement, elle montre à ses cousines germaines les enfants qu’elle a. Elle se doit de le faire, alors elle le fait, ses cousines c’est ce qui reste de la famille.
Est-ce qu’on aperçoit quelque chose de cette femme à travers cette façon d’être? A travers cette disposition qu’elle a d’aller jusqu’au bout des choses sans jamais imaginer qu’elle pourrait abandonner, laisser là, les cousines, la peine, la corvée?
Je le crois. C’est dans cette vaillance de l’espèce, absurde, que moi je trouve la grâce profonde.

BARBARA T. Smith, Feed me, 1973

Une file d’attente devant une porte. Derrière cette porte, à l’abri des regards, dans une salle faiblement éclairée par des bougies et parfumée par l’encens, étendue sur un matelas, une femme nue (B. Smith) invite les visiteurs à entrer un par un dans la pièce. En boucle une bande sonore explicite la proposition: « Nourrissez-moi,… nourrissez-moi,… » Sur une table, des fleurs, des livres, des huiles, de la nourriture, du thé, du vin et de l’herbe.
Soit une proposition incluant diverses formes d’échange: offrir des fleurs, se regarder, se parler, fumer, se lire des passages, se passer de l’huile sur le corps, s’enivrer, dîner à tête à tête, faire l’amour … rester silencieux.
La performance dura toute la nuit.
La construction d’un espace intime suppose du temps, le temps de s’imprégner d’une situation et de s’y habituer.
L’intime s’éprouve dans la durée, à l’abri des regards, il s’éprouve dans la chaleur et le confort.
Il ne s’expose pas en public. Le public cède la place au partenaire.

VALERIE MREJEN, l’agrume

J’avais peur qu’il me voie comme une de ces fleurs bleues enivrées à l’eau de rose. Je voulais me dissoudre et ne pas l’embêter, noyer cette grenadine de mes rêves de fillette, diluer le rouge primaire et outrancier jusqu’à la transparence. J’avais la fantaisie de devenir comme lui, son double au féminin, qu’il se repose sur moi pour soutenir et comprendre ses lubies. Je serais d’accord sur tout, il n’en reviendrait pas d’avoir trouvé une personnalité pareille.

Extrait du film AMERICAN BEAUTY de Sam Mendes.

C’était une de ces journées grises, où il va se mettre à neiger d’une minute à l’autre. Il y a comme de l’électricité dans l’air, tu peux presque l’entendre, tu vois. Et ce sac était là, en train de danser avec moi comme un enfant qui m’invitait à jouer avec lui. Pendant quinze minutes, c’est là que j’ai compris qu’il y avait autre chose au delà de l’univers, plus loin que la vie. Je sentais cette force incroyablement bienveillante qui me disait qu’il n’y a aucune raison d’avoir peur. Jamais. Sorties du contexte les images n’ont aucun sens, je sais mais ça m’aide à m’en souvenir. J’ai besoin de m’en souvenir. Et parfois je me dis qu’il y a tellement de beauté dans le monde que c’en est insoutenable. Et mon coeur est sur le point de s’abandonner.

MARINA ABRAMOVIC, Role exchange, 1975

Marina Abramovic propose à une prostituée de venir prendre sa place et sa fonction d’artiste pendant toute la durée de son vernissage et de la remplacer dans l’une des vitrines du Red Light District. Les deux femmes devant assumer leur rôle jusqu’au bout, quelles que soient les circonstances.
Passer le stade de la représentation sociale (le regard éloigné) pour se construire une représentation à partir de l’intime. S’approprier l’intimité de l’autre le temps de se défaire de l’approximation de nos représentations collectives de cet autre. Incarner nos images. La connaissance de l’autre passe par l’expérience, sa reconnaissance par l’échange.

CHRISTIAN BOLTANSKI, DVD Contact.

« On se souvient plus d’un visage photographié que d’un visage réel. Quand quelqu’un est mort, on se souvient de la photo de cette personne et pas de la personne en elle même. Cela m’intéresse toujours de savoir qu’elle sera l’image qui restera.
L’image photographique remplace le visage en même temps chacun est irremplaçable et en même temps chacun est remplacé. On meurt deux fois, on meurt quand on meurt et on meurt une deuxième fois quand on trouve votre photographie et que plus personne ne sait de qui il s’agit. »

TACITA DEAN, intimes rendez-vous avec le temps. Beaux Arts, 2003

« J’ai toujours eu envie d’attraper des nuages. Je m’imaginais, penchée à la fenêtre d’un aéroplane pour les attraper dans des sacs plastique et les ramener à la maison. Je me souviens de ma déception, lors de mon premier voyage, quand j’ai réalisé que ce que je croyais possible ne l’était pas. Je pense que ce désir a quelque chose de médiéval, il a à voir avec le visible et l’invisible, la présence et l’absence ».

SOPHIE CALLE

Après avoir suivi cet homme à Venise, Sophie Calle éprouve l’envie d’être elle-même suivie. Elle demande à sa mère d’engager un détective privé.
 »Selon mes instructions, dans le courant du mois d’avril 1981, ma mère s’est rendue à l’agence Duluc détectives privés. Elle a demandé qu’on me prenne en filature et a réclamé un compte rendu écrit de mon emploi du temps ainsi qu’une série de photographies à titre de preuves. »
Sophie Calle, A suivre…, Livre IV, Actes Sud, France, 1998

Calle

La Filature, 1981

La Filature, commandée en 1981 par le Centre Pompidou pour une exposition consacrée à l’autoportrait, est constituée de mises en scène vécues sur un mode autobiographique.
Récit à double-voix: l’enquête du détective sur une journée de l’artiste suivie de photographies floues est accompagnée de la description de sa journée par Sophie Calle et de photographies du détective prises à son insu par un ami de Sophie C.
 »Je suis entrée dans la vie de M. X détective ». Sophie Calle apprécie ses regards, « l’attention qu’il lui porte est telle qu’aucun homme ou femme qui l’a aimée ne lui a jamais donnée… », écrit-elle.
Objet et voyeur du regardeur, Sophie Calle dresse, grâce à lui, son autoportrait d’un jour.
L’expérience se renouvelle en 2001 lorsque l’artiste réalise Vingt ans après selon l’initiative de son galeriste Emmanuel Perrotin.

 


Autobiographie

autobio

Autobiographie La Robe de mariée, 1988. Vue d’installation
Reconstitution d’une chambre avec objets liés aux Autobiographies
 Fondation Ledig Rowohlt, Château de Lavigny, Vaud, 1996

A travers textes et photographies, Sophie Calle se raconte, mais les objets sont aussi supports à ses récits.
Dans La Chambre à coucher (2003) sont rassemblés les emblèmes de ses « autobiographies » développées depuis 1988: la chaussure rouge, le peignoir, la robe de mariée… Objets de collection, mémoires, symboles, fétiches ? Ils cristallisent tous un souvenir précis que recueille Des Histoires vraies (1988-2000):
A 11 ans, Sophie et Amélie, sa meilleure amie, volent dans les grands magasins. Après quelques années, se sentant traquées par la police, elles réalisent, à la hâte, leur dernière prise: une paire de « chaussures rouges » trop grandes. Amélie garda le pied droit, Sophie le gauche…
 »Le peignoir » est celui que portait son premier amant lorsqu’il lui ouvrit la porte, elle avait 18 ans…
Un 8 novembre, âgée de 30 ans, Sophie Calle part rejoindre un homme qu’elle admire depuis toujours. Dans sa valise, une « robe de mariée » en soie blanche qu’elle met pour leur première nuit ensemble…
L’objet, comme l’image ou le texte, contribue à l’élaboration d’une « mythologie individuelle, où l’autobiographie se teinte de « fiction de soi ».  »

Actions, installations, notes, photographies, objets constituent autant de traces, marques, signatures, empreintes cherchant à dévoiler l’artiste, son vécu, sa personnalité.
Mais ces signes ne comblent-ils pas surtout un vide ?

 

BIBLIOGRAPHIE POUR LA SEQUENCE D’APPRENTISSAGE FINALE

http://mediation.centrepompidou.fr/education/ressources/ENS-Boltanski_en/ENS-Boltanski_en.htm

http://mediation.centrepompidou.fr/education/ressources/ENS-calle/ENS-calle.html

http://www.br.fgov.be/PUBLIC/GENERAL/EDUCATION/EDUCATIONFR/Atelier%20Que%20mangaient%20les%20dinosaures%20Feuilles%20dexercices.pdf

http://www.arte.tv/fr/extraits-video-du-film-les-vies-possibles-de-christian-boltanski/2982322,CmC=3018750.html

http://classes.bnf.fr

Jacques Prévert, Chanson pour vous, La pluie et le beau temps, Ed. Gallimard, 1955

http://fr.wikipedia.org/wiki/Mark_Rothko

http://rothkocolorfields.wordpress.com/mark-rothko/analyse-dune-oeuvre/

http://www.toutmontpellier.fr/montpellier-accueille-raymond-depardon–14484.html

Raymond Depardon, Errance, Ed. Point

Sally Mann, Deep South

http://fr.wikipedia.org/wiki/Accrochage

http://archives.etapes.com/issues/etapes-magazine-86

 

VIDEOGRAPHIE

http://www.youtube.com/watch?v=SCWUgy8ywtA

http://www.dailymotion.com/video/x417xf_contacts-photography-nan-goldin-fr_creation#.UTiSDaWm9UU

http://vimeo.com/50493471

http://www.moma.org/explore/multimedia/videos/123/689

http://www.youtube.com/watch?v=5EiW9KIZy-c

 

 

 

 

 

 

 

Une réflexion au sujet de « Je me v(o)is »

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